[S18] Kokomo Sharks, ou le septième chapitre du coach Saerzin

La plage. Le sable fin et chaud qui glisse entre ses orteils nus. Une casquette pour protéger ses yeux du soleil qui tape. Le son du va-et-vient des vagues, où se mêle le cri des mouettes qui volent dans un ciel azur. Une noix de coco ouverte dans laquelle est plantée une paille, décorée d’un petit parasol.

Tout serait parfait, sans le requin de deux mètres à côté de lui qui se servait d’un fémur humain comme d’un cure-dent.

“Tu vois mec, on a bien essayé de vous prévenir qu’il y avait des récifs dans le coin, mais quand on s’est approchés vous avez paniqué comme des sardines avant de foncer droit dedans ! On était chill avec les Bros en train de Backside avec nos longboard, et voila qu’on se retrouve avec plein de dudes a moitié morts qui flottent dans notre spot…Pas cool, plus moyen de ride avec tous les débris, alors on a un peu vu rouge…Et comme on avait grave la dalle après avoir surfer toute la journée, on vous a un peu mangés, mais rien de perso hein. »

Le coach Saerzin revoyait le bateau se briser en deux comme une brindille et les passagers tomber par-dessus bord en hurlant, et cette connasse d’elfe snob qui essayait désespérément de faire monter son Jacky de gnome sur un bout de planche avant de se faire arracher les deux jambes d’un coup de dents par un banc de requins en chemises hawaïennes.

Il se doutait bien que le capitaine était une branque, personne laisserait un nain bourré piloter un navire, mais les Genghis Kaboom n’étaient pas trop jouasses de leurs résultats de la saison et il avait conclu que le risque était moins grand que de rester dans le coin.

« Euh…et maintenant, vous allez faire quoi de moi ? »

L’énorme requin rota la casquette du capitaine avant d’hausser les épaules.

« J’en sais rien man, là j’ai plus faim, et comme le spot est complètement niqué avec votre naufrage, j’pense qu’on va aller faire une partie de Beach Bowl… Tu veux venir ? On a besoin d’un arbitre. »

Saerzin eu des frissons en se rappelant à quelle vitesse les requins nageaient, et comment les plus gros avaient carrément arraché des morceaux de la coque à mains nues. Son cerveau complètement secoué par le naufrage et l’alcool qu’il avait englouti pendant la traversée tournait à fond.

« Ça tombe bien, je m’y connais un peu en Beach Bowl ! Et…vous avez déjà songé à essayer sur gazon ? »

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Avachi dans les gradins, le coach Saerzin regardait d’un air distrait des hommes en slip à fourrure se coller des gros gnons joyeusement.

Il trainait sa peine, une chope à la main - qu’un…cochon? Avait-il beaucoup trop bu? venait remplir chaque fois qu’il la vidait - après le premier match de la saison.

Le match avait commencé dans une superbe ambiance. Chemises hawaiennes, musique des beach boys, glacière et même une pom pom shark en bikini rouge qui lui faisait remettre en cause sa sexualité.

Il s’était tordu les mains de stress devant la marée Snotling : deux trolls, deux chariots (mais qui autorise ça !), des supporters qui étaient descendus des gradins pour enfiler un maillot (mais que fait l’arbitre !) et même le célèbre Fungus avec son énorme boulet ! Comment espérer lutter contre les 21 joueurs en face ?

L’énorme main du capitaine David Sharksselhoff se posa sur son épaule. « Keep cool, coach. Lutte pas contre la vague, surfe la! » Saerzin aurait bien aimé avoir la confiance du grand squale, qui refusait de jouer s’il devait porter autre chose que son moule paquet rouge.

Tous les spectateurs se moquaient déjà des requins en chemises et shorts de plage, particulièrement l’infâme coach troll Tyraazor qui fanfaronnait…Jusqu’à ce que Fritz de Biarritz brise les côtes du troll qui lui faisait face, et que Pedro de Lacanau recrache avec un grand sourire rouge la tête du deuxième troll.

« …qu’est ce qui viens de se passer? » demandèrent en même temps les deux têtes du coach adverse. Les snots ne riaient plus. Le public ne riait plus. Et Saerzin ne se sentit plus péter. « Allez, bouffez moi tout ça ! » Et crac, Igor d’Hossegor envoya à l’infirmerie un snot.

Saerzin ordonna une cage de squales et jubilait, quand il remarqua qu’un des snots resté en arrière sortait une bombe de son slibard. « Mais…mais ! Monsieur l’arbitre ! C’est une arme, c’est interdit ça ! » Trop tard, le projectile explosait au pied de ses requins chéris, et le porteur de balle fut plaqué par un chariot qui débarqua à toutes vitesse.

« Coach, ils ont le droit de faire ça? » demanda David, qu’un chariot prit immédiatement en traître pour le sortir du terrain. Les infâmes snots récupérèrent la balle en slalomant entre les joueurs et entreprirent de se mettre sur le chemin des requins - en s’engueulant entre leurs deux vilaines trognes de vilain coach.

En surnombre, collés dans les pates des requins de Kokomo, les snots marquèrent en contre tour 4, ce qui rendit enfin le sourire à Tyraazor.

Les requins repartirent à l’attaque, mais malgré tous leurs efforts n’arrivaient pas à se débarasser des vilaines crottes vertes en face. A peine le temps d’en écraser une que deux surgissaient. Mauka couru courageusement marquer le TD de l’égalisation tour 7, et le grand Fungus rentra sur le terrain. Fungus, le lunatique. Fungus, le force 7 ! Fungus, la star ! Fungus, qui…ah non, il se croûta tout seul et rentra au vestiaire dès sa première activation.

Malgré tous leurs efforts, les Kokomo Sharks attaquèrent la seconde mi-temps en défense toujours en sous-effectif. Fatigués, eux qui étaient habitués à des mi-temps plus courtes à jouer sur le sable, les petits requins pointe noire n’arrêtaient pas de se casser la figure en ratant toutes leurs esquives. « Les tongs, c’est peu être pas une bonne idée sur le gazon… » se dit Saerzin.

Essoufflés, collés, les requins n’arrivèrent pas à empêcher le second TD snot qui avaient vilainement temporisés. Que de bassesse de la part d’un coach avec autant d’expérience que Tyraazor !

Malgré la défaite, Saerzin était fier de ses squales. Ils avaient fait mal à leur adversaire, qui n’avait pas passé un match aussi tranquille qu’espéré. Se rappeler les engeulades entre les deux têtes lui remonta le moral.

Après tout, il n’avait pris qu’une petite défaite, et Raymond de Quiberon avait suffisamment bloqué pour apprendre à le faire plus efficacement.

« On est toujours 11, mes joueurs se sont gavés d’expérience, et j’ai déjà un blocage dans l’effectif…On a plutôt bien surfé la vague. »

Saerzin se releva des gradins, finit sa bière - décidemment, elle avait un goût de reviens-y; sans doute son prix très bas, ce qui l’avait conduit au stade des Ragnarok - et parti en direction de la plage au son de Mick Jaggar qui beuglait qu’on ne pouvait pas toujours avoir ce qu’on veut.

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